Dans l’or du temps de Claudie GALLAY

4ème de couverture:. Un été en Normandie. Dans une maison en bord de plage, un jeune couple et leurs jumelles s’installent dans leurs vacances. Jeux de plage, baignades et promenades tissent le quotidien des jours. L’homme, cependant, s’échappe de plus en plus souvent pour rendre visite à une vieille dame singulière, Alice Berthier, rencontrée par hasard. Sa maison, derrière un portail envahi de lierre, semble figée par le temps. Des fétiches sacrés, livres, photographies, s’entassent dans les armoires, toute une mémoire liée à une tribu indienne, les Hopi. Dans ce jeu de conversations fascinantes, Alice va distiller des pans de son histoire : son voyage, adolescente, en Arizona, dans le sillage d’André Breton, la fascination des surréalistes pour la culture sacré des Hopi. Mais, de visite en visite, alors que l’homme semble pris au piège de cette rencontre, Alice va progressivement révéler le secret de sa vie.

Une phrase : «Vous vous en allez toujours…Et puis vous revenez. Je ne m’étonne plus. »

Difficile de dire, d’évoquer, d’expliquer ce qui me plait tant dans les romans de Claudie Gallay. Moi qui habituellement ne jure que par les histoires pleine d’actions, à rebondissement, avec des péripéties à chaque chapitre. Moi qui n’aime pas les descriptions, les longs passages en « stand by » où l’histoire semble faire du sur place. Et bien moi, j’adore ses romans. Du moins tous ceux (c’est-à-dire les 3 !) que j’ai lus: Les déferlantes, L’amour est une île et enfin celui-ci Dans l’or du temps. Je ne peux pas dire que ce dernier roman m’a autant plu que Les déferlantes, mais néanmoins je l’ai apprécié, il m’a touchée, et je l’ai lu avec avidité. Bien que je ne suis pas vraiment fan de la culture indienne, et que celle-ci soit omniprésente dans ce livre, j’ai trouvé un intérêt particulier à essayer de comprendre les bribes de ce savoir indigène ancestral que l’auteure nous distille au fil de ce roman.

Ce que j’aime chez Claudie Gallay, c’est la simplicité de ses histoires, leur "presque banalité" qui cache une grande violence, un ancien secret qui meurtri ses héros au plus profond d’eux-mêmes. Ici, c’est l’histoire d’un homme, le narrateur - dont je viens de me rendre compte que l’on ignore son nom - et de sa rencontre avec une vieille femme Alice. On sent que tous les deux sont un peu à la dérive, dans le besoin d’une autre solitude à accorder à la leur, mais on ignore lequel enferme en lui le plus de souffrance, ainsi que ce potentiel profond secret. Et cela quasiment jusqu’à la fin. Je pense que c’est cela qui me plait : ce suspens sous la description d’une routine quotidienne, sous l’échange infime des dialogues anodins, les informations distillées goutte à goutte, la relation qui se crée à partir de rien, la sensation de suivre cette histoire en pointillés et pourtant de la ressentir intensément. Je crois que cela est dû au beau style de Claudie Gallay, mais aussi au choix du narrateur. Cet homme discret, effacé, absent de sa propre vie qu’il traverse malgré lui. Je trouve qu’on sent vraiment que c’est un homme qui raconte cette histoire. Par l’économie de mots. Par l’absence de description des sentiments, des pensées, des doutes. Par la pudeur et la retenue. Et malgré cet aspect brut du récit, beaucoup de poésie. Bref, ce livre est plutôt un coup de cœur, encore une fois, qui me fait confirmer que cette auteure est l’une de mes favorites.

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