Noir est l’arbre des souvenirs, bleu l’air de Rosetta LOY

4ème de couverture: Eté 1941. Trois adolescents de la riche bourgeoisie romaine passent à Venise leurs dernières vacances insouciantes. Ils sont impatients de vivre et d’aimer, tout comme leur jeune répétiteur que le destin va mener quelques mois plus tard au cœur des combats en Afrique. Pour tous, la guerre sera comme « un sillon noir », séparant à jamais « l’avant » de « l’après »

Tendu sur le fil d’une mémoire blessée, ce roman magistral, servi par une écriture limpide, précise et puissante, s’impose comme le chef-d’œuvre de Rosetta Loy, l’un des plus grands auteurs italiens d’aujourd’hui.

Une phrase : «Mais la conquête impériale de l’Ethiopie appartient maintenant à la préhistoire et Ludovico plisse les paupières pour mieux se perdre dans la mer de Tropiques, les petites vagues nocturnes qui sans fin se brisent et se retirent : Stella d’argento nel Messico d’oro, il tuo splendore mi fa morir di nostalgiaaa, oh quanti ricordi, e poi nulla più…»

Si j’ai choisi ce livre avant tout pour son titre (oui, rappelez vous mon challenge Le nom de la rose), les deux, trois critiques que j’avais lues le concernant avaient fini de me convaincre. Finalement que dire ?

Tout d’abord, j’ai eu du mal à rentrer dans cette histoire. En lisant la 4ème de couverture je m’attendais à autre chose, à beaucoup plus d’actions et de péripéties, à des personnages attachants, liés entre eux et malmenés par la vie. Ce n’est pas vraiment ce que j’ai trouvé… Dès les premières pages, ça coince : je lis une dizaine de pages et je m’aperçois que mon esprit vagabonde et que je n’ai rien retenu mais surtout rien compris à ce que je viens de lire. Je recommence, me concentre, et comprend pourquoi j’ai eu tant de mal à suivre. Cela vient de l’écriture de l’auteur, à ce style si particulier dans la narration de son histoire : une façon de passer d’un personnage à l’autre, d’une anecdote à l’autre, d’une époque à une autre, comme on le fait quand on se laisse porter par ses pensées, une image en chasse une autre, les pensées s’enchainent et on a parfois du mal à se souvenir de l’élément premier, source initiale de tant d’idées, a priori sans lien. Oui, c’est vraiment cette impression que j’ai eu au début de ce livre. Et c’est ça qui le rendait si compliqué à suivre, car je ne connaissais rien de tous ces personnages dont l’auteure me parlait en pointillés. J’ai donc eu quelques difficultés à me faire à ce récit et à m’attacher aux personnages, auxquels je ne trouvais aucune âme. Bref, je ne savais pas trop ce qu’était cette histoire, ni où elle voulait m’emmener, n’y trouvant aucun héros, ni aucune action retenant mon attention.

Tout cela a fini par s’améliorer au milieu du roman. On s’attache tout d’abord au répétiteur, celui qu’on suit sur les sentiers de la guerre, de manière impersonnelle, puis qu’on apprend à connaitre et dont on se demande comment il va ressortir de ces années de guerre. Ensuite, viennent les trois enfants de la famille, qui se différencient peu à peu et révèlent également leurs parts d’ombres et de mystères. Mais alors je ne saisis toujours pas qui me raconte cette histoire : quel est-il ce narrateur qui connait l’avenir, mais ignore les pensées des héros ? Comment peut-il à la fois en savoir autant sur la vie de chacun des personnages et si peu sur leurs ressentis ? C’est un peu flou pour moi.

Finalement, on peut dire que je suis vraiment entrée dans l’histoire et que j’ai commencé à l’apprécier dans les 100 dernières pages, quand j’ai enfin pris mes marques, mes repères, mes habitudes avec ces personnages et compris que des destins tragiques se cachaient en arrière-plan. En terminant ce roman, j’ai eu la curiosité de relire les premières pages (eh oui, pour la 3ème fois !) et l’histoire m’est tout à coup parue plus limpide, plus simple.

C’est seulement en refermant ce livre que je me suis dit « finalement c’était une belle histoire ». Et quelque part, c’est dommage que je me le dise seulement à ce moment-là…

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