Rosa candida d’Audur Ava OLAFSDOTTIR

4ème de couverture : Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante, dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s’en rendre compte les dernières paroles d’une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C’est là qu’Arnljótur aura aimé Anna, une amie d’un ami, un petit bout de nuit, et l’aura mise innocemment enceinte.

En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile

D’un réalisme sans afféterie, tout l’art d’Audur Ava réside dans le décalage de son personnage, candide, cocasse et tendre. Cette insolite justesse psychologique, étrange comme le jour astral, s’épanouit dans un road movie dont notre héros sort plus ingénu que jamais, avec son angelot sur le dos.

Une phrase : «Est-ce qu’un homme élevé dans les profondeurs obscures de la forêt, où il faut se frayer un chemin au travers de multiples épaisseurs d’arbres pour aller mettre une lettre à la poste, peut comprendre ce que c’est que d’attendre pendant toute sa jeunesse que pousse un seul arbre ?.»

J’avais adoré L’embellie avant mon départ, il est logique que sitôt revenue de mes vacances islandaises je me jette sur Rosa candida !

A la différence de L’embellie, ce roman-ci ne se déroule pas en Islande. On ne sait d’ailleurs pas trop où l’histoire se passe, mais ce n’est pas vraiment important. Le décor est cependant planté : un petit bout de pays perdu, oublié du monde, où les habitants parlent en patois et la moyenne d’âge avoisine les 60 ans ! Bref, un lieu plein de poésie, où le temps s’écoule lentement, où chacun peut avancer à son rythme. Ce qui est parfait pour notre héros Arnljótur, qui, à 22 ans, cherche sa place dans le monde et dans la vie. Ce pourrait être un roman initiatique, sauf que là, le jeune homme progresse, se découvre via son voyage et les rencontres en seulement quelques semaines. C’est donc peut être plus un récit sur la vie, sur ces petits riens, ces rencontres impromptues, ces infimes moments d’échange, de partage, de découverte qui, mis bout à bout, transforment une existence bancale en une vie, si ce n’est comblée, au moins radieuse.

J’ai beaucoup apprécié ce roman, à la fois pour l’écriture d’Audur Ava Olafsdottir, très simple, discrète, en retenue, mais aussi pleine de poésie ; pour ses personnages communs mais avec une touche de fantaisie et d’étrangeté qui les rend vivants et attachants ; et pour son histoire tellement simple au fond, mais si bien contée qu’on ne peut rester indifférent à ce que vit et ressent son personnage principal. C’est vraiment un livre plaisant à lire, dont je suis ressortie sereine, apaisée, et optimiste malgré une petite pointe de tristesse. Bref, c’est un petit condensé de sentiments, où j’ai revécu les mêmes émotions qu’en lisant L’embellie. Alors si je trouve d’autres romans de cette auteure traduits en français, je n’hésiterai pas un instant !

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