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2018-07-26T22:00:11+02:00

Marx et la poupée de Maryam MAJIDI

Publié par 1000N1

4ème de couverture: Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution irannienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris.

A travers les souvenirs de ses premières années, maryam raconte l'abnadon du pays, l'éloignement de sa famille, la perte de ses jouets – donnés aux enfants de Téhéran sous l'injonction de ses parents communistes -, l'effacement progressif du persan au profit du français, qu'elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale.

Dans ce récit qui peut être lu comme une fable autant que comme un journal, Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive.

Je ne suis pas un arbre, je n'ai pas de racines”.


 

Une phrase: “Et la jeune fille revoit les yeux brillants d'Abbâs et la sandale en plastique posée sur la table du salon, la pierre avec son prénom gravé dessus, le sourire forcé de son oncle à travers la vitre de la prison, elle entend la voix de Nouchâbé, elle voit ses parents accroupis dans le jardin enterrant leurs livres, le visage en colère de sa grand-mère, ses crises de nerf quand il fallait donner ses jouets, la peur dans les yeux de ses parents, les bâtons plantés de clous, le passeport entre les mains du policier, la mère enceinte qui saute, le père qui est debout dans un terminal à Orly, les images défilent devant elle en boucle, et un mot qui se répète, son mot à elle, inexplicable, un masque collé à la peau, celui qui englobe et régne sur tous les autres : exilée »


 

Voilà un petit livre qui m'a beaucoup plu, je vous le dis tout de suite. A la fois par son histoire et pour sa forme. C'est un livre atypique, un récit poétique. L'auteur nous entraîne vraiment dans son univers, qui mêle réel et imaginaire, souvenirs vécus ou reconstitués. Elle oscille entre la 1ère à 3ème personne pour parler d'elle, ou faire parler son père ou sa mère. Comme pour essayer de mieux les comprendre, elle se met à leur place un instant, imaginant leurs mots, leurs pensées, leurs craintes, leurs doutes, leurs rêves. C'est donc un récit très original : mélange d'anecdotes, de souvenirs (inventés ou réinventés) , de contes.

On suit l'auteur dans différents pays, différentes époques, mais ces flash back ont toujours un lien avec le présent, ils aident à mieux comprendre ce qu'a vécu / ce que vit l'auteur.

Au-delà du récit, de l'histoire individuelle, Maryam MAJIDI aborde des thèmes plus larges et universels. Notamment une réflexion sur la langue, sur l'exil, sur la relation mère/fille. Sa vision est intéressante, parfois un peu dure (injuste?) avec la société française. Elle parle notamment de sa scolarité, de la volonté d'intégration de la société qu'elle a vécu et ressenti comme de l'assimilation, l'obligation d'oublier son passé, sa langue, ses origines, pour se fondre dans un moule français.

En lisant ce récit, on prend vraiment conscience et on ressent la douleur de l'exil, vécue par un enfant. Souvent on (les adultes alentours) pense que changer de pays, de vie, est moins difficile pour un enfant. Il s'adapte tellement vite! Il apprend si vite sa nouvelle langue! Il a de si bons résultats à l'école, tellement d'amis! Un traumatisme l'exil? Bien sûr que non! Maryam MAJIDI donne par son récit son point de vue, son propre vécu de fillette exilée, à l'écart, seule, différente, incomprise, coupée en 2, tellement “bizarre” aux yeux des autres.


 

Je dois bien dire aussi que j'ai aimé que le pays d'origine de l'auteur soit l'Iran. Ce pays m'intrigue beaucoup, car je pense qu'il est méconnu. On n'en sait que ce qu'en disent les actualités, mais quid de sa culture? De la beauté de ses paysages? De son histoire sanglante?

J'ai aimé aussi cette manière de raconter, que dis-je, de conter la vie (je ne sais pas si elle est typiquement iranienne, mais j'ai parfois eu la sensation de retrouver le ton de Marjane SATRAPI dans le film Persépolis)

Un petit bémol pour finir? J'ai parfois trouvé le récit un peu redondant, et la succession des chapitres pas toujours logique.

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commentaires
B
En lisant ton blog, je pensais aussi que c'était l'histoire de Marjane Satrapi dont j'ai vu le film. (Heureusement que tu l'indiques car je ne me souvenais plus du nom).
Répondre
L
Ah, je pense que je vais bientôt l'avoir à lire car il fait parti du prix littéraire inter CE.
Répondre
1
Eh bien je lirai prochainement ton avis sur ton blog ;-)

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