4ème de couverture: « Le matin ne ressemble pas à l’idée qu’on se fait du matin. Si on n’a pas l’habitude, on ne le remarque même pas. La différence est subtile, il faut avoir l’œil. C’est juste un ton plus clair. Même les vieux coqs font plus la différence.

Certains jours, l’éclairage public ne s’éteint pas. Le soleil s’est levé, pourtant, forcément, il est là, quelque part au-dessus de l’horizon, derrière les brumes, les fumées, les nuages lourds et les poussières en suspension.

Il faut imaginer un sale temps par une nuit polaire. C’est à ça qu’elles ressemblent nos belles journées. »

Un humour irrésistible, qu’illumine une réelle poésie, fait le charme de ce quatrième roman de Joël Egloff – auteur, entre autres ouvrages, d’Edmond Ganglion & Fils

Une phrase : «J’ai des souvenirs qui ressemblent à des oiseaux mazoutés, mais ce sont des souvenirs quand même. On s’attache même aux pires endroits, c’est comme ça. Comme le graillon au fond des poêles. »

Pas de surprise, la poésie annoncée en quatrième de couverture est bien présente. L’écriture est belle et simple, anecdotique ; elle court de page en page. Ce petit roman se lit en un clin d’œil, ce qui est encore facilité par les chapitres qui s’enchainent comme autant de petits morceaux de vie.

On sait peu de chose du narrateur et pourtant je me suis attachée à lui, malgré son côté fataliste et nonchalant – il rêve d’un ailleurs, mais se "conforte" dans sa routine quotidienne, la seule qu’il connaisse. Et pourtant quelle routine ! Oui, car si la poésie est là, il y a surtout le Glauque ! Omniprésent, il met mal à l’aise parfois, et pourrait facilement être insupportable sans l’art de l’auteur. Ce quotidien affreux, il le rend presque beau grâce au regard candide et spontané de son personnage principal et à l’humour.

Bon, quelques détails sur ce glauque pour que ce soit plus parlant ! Le narrateur travaille comme un forcené dans un abattoir, passe ses jours de repos dans la forêt à récupérer des déchets qui peuvent toujours servir, se balade le long de la voie ferrée et de la décharge, passe ses vacances à la station d’épuration, rend visite à un ami à la casse auto, … Pas vraiment idyllique cette vie ! Mais comment s’en plaindre quand on n’a jamais rien connu d’autre…

Bref, j’ai beaucoup aimé ce livre, le côté décalé du récit et l’écriture directe et sensible. Un bon petit roman, surprenant, qui donne envie de lire d’autres livres de Joël Ergoff, pour vérifier s’ils sont tous aussi insolites.

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