4ème de couverture:. « Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre.
Aujourd’hui je sais qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.»
Une phrase : «J’écris ce livre parce que j’ai la force aujourd’hui de m’arrêter sur ce qui me traverse et parfois m’envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d’avoir peur qu’il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l’emprise d’une malédiction, pouvoir profiter de ma chance, de mon énergie, de ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va nous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra dans l’ombre. »
Rien ne s’oppose à la nuit. Après avoir lu No et moi et avoir lu et entendu plusieurs avis me conseillant de lire ce livre, il était devenu incontournable pour moi. Je savais vaguement de quoi il retournait, mais j’avoue que je ne m’attendais pas à ce genre d’histoire. Une femme qui écrit sur sa mère décédée, soit. Mais je ne pensais pas découvrir une telle famille, tant de souffrance, tant de malheurs s’abattant sans cesse. J’avoue que parfois, ce récit m’a mis un peu mal à l’aise. Je ne comprenais pas bien pourquoi l’auteure souhaitait nous donner à lire ainsi sa vie et celle de sa famille. C’était dérangeant tous ces secrets dévoilés au grand jour, tous ces non-dits et la sensation d’être un peu en train d’espionner par le trou de la serrure, d’écouter les souffrances d’une famille alors que cela ne me concerne pas. Puis vient cette question du « pourquoi écrire ce récit ». Je fus heureuse que l’auteure se la pose, à plusieurs reprises, qu’elle se questionne sur les raisons qui la poussent à écrire, mais aussi à vouloir publier cette œuvre très introspective, presque psychanalytique, dont elle sait qu’elle risque fort de créer des querelles avec sa famille. Et au final, je pense que c’est ce va-et-vient incessant entre le récit et les doutes de l’auteure (ai-je raison d’écrire ? pourquoi le fais-je ? quelles vont être les conséquences ?) qui m’ont séduite. J’ai aimé qu’elle ne nous livre pas juste un récit brutal et troublant sur sa famille malmenée par la vie, mais qu’elle l’explique, le tempère par son analyse, tout en rappelant que ce n’est là que sa vision. Et surtout, j’aime beaucoup son style. On vit les évènements qu’elle nous raconte, on souffre avec elle, on espère, on doute, et on essaye aussi de comprendre le mystère qu’était sa mère. Il y a de la tragédie dans ce récit, mais aussi beaucoup d’amour. Et quand je l’ai refermé, je n’ai plus eu l’impression d’avoir fait preuve d’une curiosité malsaine, mais d’avoir accompagnée une amie dans son deuil. C’est un très beau roman sur la famille. A lire !