J'ai plein de cahiers. Comme il y a des filles à chaussures, je suis une fille à cahiers. J'adore ça! Les repèrer dans le magasin, puis les toucher, les feuilleter, les regarder, longuement.
Evaluer, la douceur du papier, son épaisseur, imaginer la plume ou la bille roulant sur ses pages. Le soupeser (pas trop léger, ça ne fait pas sérieux), ni trop lourd (pour le coup ça fait prétentieuse). Puis hésiter. Je le prends? Le reposer, virevoleter vers d'autres livres. puis y revenir. Et recommencer, les mêmes gestes, encore. Et hésiter. Encore. Et au final, bien souvent, l'acheter; en me persuadant : si, si, bien sûr j'en aurai l'usage, pour un enième projet.
Une fois à la maison, je le feuillète, de nouveau, fière de mon achat, pleine de mille idées à y écrire déjà. Je le caresse. Il est comme un espoir, comme un rêve possible. Comme la liberté de faire jaillir, là, tout ce que je garde en moi. Et puis, de moi en mois, je le délaisse. Ecrire m'est difficile. Que raconter? Quels mots choisir? Ceux là sonnent creux, sont plats, banaux. Ca ne va pas. Je me relis. Non, ça ne colle pas. L'envie alors d'arracher la page, pour ne pas garder de trace. Mais si, il faut garder cette trace aussi médiocre et erne soit-elle.Elle me permet d'avancer, de savoir qui je suis, d'où je viens. Mais il est parfois difficile de se rappeler qui on est... Alors ce cahier, enième magnifique cahier, autre sublime projet, je le referme. Et je le range. Voire je le perds. Je ne l'oublie pas, non, mais je ne sais plus où il est, j'ai du mal à mettre la main dessus ; cette main qui aimait pourtant tant le caresser.
Et vient alors la crainte suprême : si quelqu'un le trouvait et le lisait....
Alors, Pourquoi un blog?