Sourires de loup de Zadie SMITH

4ème de couverture : « Un matin de bonne heure, tard dans le siècle, à Cricklewood Broadway. A six heures et vingt-sept minutes, en ce 1er janvier 1975, Alfred Archibald Jones, tout de velours côtelé vêtu, était assis dans sa break Cavalier Musketeer rempli de vapeurs d’essence, le visage sur le volant, à espérer que la sentence divine ne serait pas trop sévère. Prostré, les mâchoires relâchées, les bras en croix comme quelque ange déchu, le poing refermé d’un côté (gauche) sur ses médailles militaires, de l’autre (droit) sur son certificat de mariage, pour la bonne raison qu’il avait décidé d’emporter ses erreurs avec lui. […] Il avait joué à pile ou face et s’était tenu sans défaillir au verdict du hasard. Il s’agissait là d’un suicide mûrement réfléchi. Mieux, d’une résolution de nouvel an. »

Maniant le loufoque, la satire et l’humour avec un art consommé, Zadie Smith produit ici un premier roman détonant, qui frappe par son ambition et son extraordinaire énergie. Ajoutons l’actualité des sujets abordés et la vitalité d’une prose qui se colore de tous les accents de la terre.

Une phrase : «Trente années et des résidences sur des continents différents auraient pu avoir raison de leur amitié, née pendant la guerre, mais au printemps 1973, Samad, homme d’âge plus que mûr, était venu en Angleterre chercher une vie nouvelle en compagnie de sa jeune épouse de vingt ans, la minuscule Alsana Begum, au visage de pleine lune et aux yeux perçants. Dans un accès de nostalgie, mais aussi parce que Archie était le seul individu qu’il connût sur cette petite île, il s’était mis en quête de son ancien compagnon, pour finir par venir habiter à Londres le même quartier que lui. »

Voici le deuxième livre de mon challenge, choisi un peu au hasard et pour le nom d’animal dans son titre, et un peu aussi car les critiques de ce livre sur quelques sites internet étaient plutôt bonnes.

J’ai commencé ce livre avec entrain, appréciant le style de Zadie Smith, tout autant que ses personnages légèrement décalés, peu banals et pourtant si près de la réalité de personnes qu’on peut croiser chaque jour. Les aventures de la vie qu’ils traversent sont celles vécues par tout un chacun, et pourtant la plume de Zadie Smith leurs donne un côté romanesque. En outre, j’ai beaucoup aimé la construction de ce roman, avec différentes parties concernant les personnages principaux ; parties dans lesquelles on apprend à découvrir ledit personnage à travers son histoire, tout en le voyant évoluer au milieu des autres protagonistes. C’est une construction très intelligente, qui donne un rythme au récit. Et ces différentes parties, dans leur narration et dans le choix des anecdotes, ressemblent aux personnages auxquelles elles se réfèrent. Bref, j’ai beaucoup aimé ce livre dans un premier temps.

Ensuite, il est vrai que ça se gâte un peu. J’ai commencé à trouver ce roman assez long une fois qu’on avait fait le tour de la vie et de l’histoire des personnages principaux. Le décor était posé, on avait appris à connaitre et à apprécier – plus ou moins - chacun des personnages, et alors ? Je ne voyais pas trop où l’auteur voulait nous amener après ce grand déballage. Si bien que lorsqu’elle a dévoilé le destin commun de tous ces personnages, je n’ai pas vraiment accroché. Pour le coup, ça me semblait trop fabriqué, ça ne collait pas avec l’histoire qu’elle m’avait contée jusqu’à présent. J’ai donc eu beaucoup de mal à m’accrocher dans les 200 dernières pages. Ce n’était vraiment pas le dénouement auquel je m’attendais, j’espérais un autre récit. Et d’ailleurs la toute fin de l’histoire, les deux dernières pages, sont celles qui m’ont le plus déçue. Je n’ai pas compris les raisons d’une telle précipitation à clore ce roman, alors qu’on avait passé tant de temps à s’attarder au sujet de telles anecdotes, ou à faire des détours dans la vie des uns et des autres. Cela m’a donné l’impression que l’auteure elle-même commençait à se lasser de cette histoire, et avait décidé subitement de me jeter les derniers évènements concernant chaque personnage. Un peu comme si elle m’avait dit « enfin bref quoi, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Je suis consciente que c’est là un parti pris, puisque Zadie Smith le dit elle-même « toute fin n’est jamais que le début d’une autre histoire, bien plus longue encore ». D’accord, n’empêche que moi j’aime les fins qui ont un vrai goût de fin, d’achevé…. Je reste donc sur ma fin…

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